|
Oser toucher à La Merveille, c'est un peu comme égratigner Ray Charles, Gandhi ou le foie gras. Insupportable, presque indécent, voire même illégal. Wayne Gretzky, le Très-Haut du hockey, ferait donc partie de ces intouchables de notre époque. Ceux qui se racontent dans les livres d'Histoire, qui font presque l'objet d'un culte et qui se retrouvent en statue ici ou là, au gré de leurs exploits. On magnifie l'enfant de Brantford comme on célèbre le Nouvel An. Presque par réflexe et parce cela fait en gros partie des meubles. Du temps. Mais si la légende de Wayne La Merveille s'est construite sur la glace, elle s'est, semble-t-il, arrêtée aux portes du vestiaire. Car entraîneur des Coyotes de Phoenix depuis 2005, Gretzky est méconnaissable. Il n'y arrive pas, non vraiment, et enchaîne les débacles. A sa décharge, il ne dispose pas des joueurs du siècle, pas même d'un public de connaisseur, et encore moins d'une organistion dévouée à sa cause. Phoenix, ce n'est pas l'Eldorado, mais bien l'Arizona dit-on au Café du Commerce. Là-bas, on ne parle même pas hockey, c'est tout juste si au comptoir, les gens savent que Wayne a marqué près de 3000 points en carrière. Qu'on le surnomme The Great One et qu'à l'été 1988, une ville entière a pleuré à l'envi une journée entière en imaginant un seul instant son départ. Alors, l'entraîneur Gretzky est-il si mauvais que ça ? Pas sûr, car il a tout de même remporté, en 2002, une médaille d'or avec le Team Canada. Il n'était certes pas sur le banc, mais il assumait les fonctions de manager. Un trophée, suivie d'une Coupe du Monde 2004 en tant que directeur exécutif. Des titres, donc, histoire de lancer idéalement une carrière de l'autre côté. Mais depuis, plus rien. Comme un grand vide. Après ça, le déluge, en somme. Il s'est abbatu sur Phoenix, plus précisément Glendale. Shane Doan, Olli Jokinen, Ed Jonanovski et le tout jeune et talentueux Kyle Turris ont beau être là, rien n'y fait. Wayne ne trouve ni la clé ni, il faut le croire, les bonnes paroles. Alors qu'on était en droit d'attendre de bons résultats cette saison, l'entame, cinglante et sans appel, révèle encore une fois un certain malaise. Avant-dernier de sa Conférence, Phoenix n'a remporté que 8 de ses 20 rencontres. Cela fait trois ans que Gretzky est aux commandes et il n'a jamais réussi à qualifier son équipe en play-offs. Pis, elle ne s'en est même jamais approché, et cette saison ne risque pas d'être celle du grand pardon. Le jeu développé par les siens ne ressemble à rien, et l'une des seules perspectives réjouissantes pour la NHL serait de voir déménager ce club. Un club qui, ne l'oublions pas, abrite en son sein le passé des Jets. Si dans cette déroute, les torts sont évidemment partagés, il est parfois de la responsabilité d'un entraîneur d'assumer comme une évidence la vérité des résultats. A Wayne Gretzky de se poser les bonnes questions, donc. Mais saura-t-il mettre des mots sur des maux ? Qu'il se rassure : vingt-après avoir quitté Edmonton, une ville tout entière ne pleurera pas son départ. Car à Phoenix, il n'y a pas de place pour toutes les légendes, et la seule merveille que l'on connaisse, c'est Charles Barkley. Gretzky, Gandhi ou le foie gras, connaît pas...
|