Le Frappé court
Il est foudroyant comme un lancer frappé et précis comme un tir du poignet: Brett.

Presque illégal Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
(22 votes)
Brett
Écrit par Gaspard Brémond   
25-11-2008

Oser toucher à La Merveille, c'est un peu comme égratigner Ray Charles, Gandhi ou le foie gras. Insupportable, presque indécent, voire même illégal. Wayne Gretzky, le Très-Haut du hockey, ferait donc partie de ces intouchables de notre époque. Ceux qui se racontent dans les livres d'Histoire, qui font presque l'objet d'un culte et qui se retrouvent en statue ici ou là, au gré de leurs exploits.

On magnifie l'enfant de Brantford comme on célèbre le Nouvel An. Presque par réflexe et parce cela fait en gros partie des meubles. Du temps.

Mais si la légende de Wayne La Merveille s'est construite sur la glace, elle s'est, semble-t-il, arrêtée aux portes du vestiaire. Car entraîneur des Coyotes de Phoenix depuis 2005, Gretzky est méconnaissable. Il n'y arrive pas, non vraiment, et enchaîne les débacles. A sa décharge, il ne dispose pas des joueurs du siècle, pas même d'un public de connaisseur, et encore moins d'une organistion dévouée à sa cause. Phoenix, ce n'est pas l'Eldorado, mais bien l'Arizona dit-on au Café du Commerce. Là-bas, on ne parle même pas hockey, c'est tout juste si au comptoir, les gens savent que Wayne a marqué près de 3000 points en carrière. Qu'on le surnomme The Great One et qu'à l'été 1988, une ville entière a pleuré à l'envi une journée entière en imaginant un seul instant son départ.

Alors, l'entraîneur Gretzky est-il si mauvais que ça ? Pas sûr, car il a tout de même remporté, en 2002, une médaille d'or avec le Team Canada. Il n'était certes pas sur le banc, mais il assumait les fonctions de manager. Un trophée, suivie d'une Coupe du Monde 2004 en tant que directeur exécutif. Des titres, donc, histoire de lancer idéalement une carrière de l'autre côté. Mais depuis, plus rien. Comme un grand vide. Après ça, le déluge, en somme. Il s'est abbatu sur Phoenix, plus précisément Glendale. Shane Doan, Olli Jokinen, Ed Jonanovski et le tout jeune et talentueux Kyle Turris ont beau être là, rien n'y fait.

Wayne ne trouve ni la clé ni, il faut le croire, les bonnes paroles. Alors qu'on était en droit d'attendre de bons résultats cette saison, l'entame, cinglante et sans appel, révèle encore une fois un certain malaise. Avant-dernier de sa Conférence, Phoenix n'a remporté que 8 de ses 20 rencontres. Cela fait trois ans que Gretzky est aux commandes et il n'a jamais réussi à qualifier son équipe en play-offs. Pis, elle ne s'en est même jamais approché, et cette saison ne risque pas d'être celle du grand pardon. Le jeu développé par les siens ne ressemble à rien, et l'une des seules perspectives réjouissantes pour la NHL serait de voir déménager ce club. Un club qui, ne l'oublions pas, abrite en son sein le passé des Jets. Si dans cette déroute, les torts sont évidemment partagés, il est parfois de la responsabilité d'un entraîneur d'assumer comme une évidence la vérité des résultats. A Wayne Gretzky de se poser les bonnes questions, donc. Mais saura-t-il mettre des mots sur des maux ? Qu'il se rassure : vingt-après avoir quitté Edmonton, une ville tout entière ne pleurera pas son départ. Car à Phoenix, il n'y a pas de place pour toutes les légendes, et la seule merveille que l'on connaisse, c'est Charles Barkley. Gretzky, Gandhi ou le foie gras, connaît pas...

 

 
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(29 votes)
Brett
Écrit par Gaspard Brémond   
27-10-2008
On a beau aller chercher loin dans les recoins de l'objectivité. Prendre le problème à bras le corps, le retourner dans presque tous les sens, histoire de lui trouver mille excuses...Tout ça pour se persuader, au final, que Kurt Sauer est un brave petit gars du Minnesota. Qu'il n'a pas cette réputation de démolisseur aveugle, et qu'il n'a jamais voulu cogner de la sorte le pauvre Andrei Kostitsyn. Que Wayne Gretzky, non pas Wayne, n'aurait jamais ordonné pareille opération punitive. Que Phoenix, surtout Phoenix, est en pleine progression, et commettrait ainsi une grave erreur en ne misant que sur ses gros bras.
 
Question tolérance, on en a fait des kilomètres, vraiment... Mais au bout du compte, rien ne sert de courir. Car depuis des années, le mal est là, bien profond. Il a toujours été là, juste devant nous, et rien n'a évolué. Les agressions se suivent et se ressemblent, avec toujours le même refrain : à qui la faute ? A celui qui frappe, d'abord, à l'organisation, parfois, à la victime, une fois sur cent, et presque jamais à la Ligue et tout ce qu'elle comporte. Evidemment, ces attentats en règle ont toujours existé en NHL. Ils ont à chaque fois alimenté la chronique, fait réagir les grandes gueules de la Ligue, contribué à ramener du monde dans les arenas, etc. Mais depuis le passage au XXIe siècle et l'arrivée massive de joueurs plus techniques les uns que les autres, ce folklore d'antan commence à faire sérieusement tache. Car le fossé entre les génies de la rondelle et les joueurs de devoir, les besogneux, autrefois considérables, est aujourd'hui devenu abyssal. L'écart est tel qu'il flingue des carrières, tue des matches, et éteint, à petit feu, la passion de certains.Pour y remédier, flanquer à la porte ces briseurs de rêve ne serait pas une solution. Tout comme les bouder lors de la Draft serait une erreur. Il en faut, certes, mais de moins en moins. Et à leur encontre, il faut impérativement appliquer une tolérance zéro au cours d'un match. Sauer, par exemple, n'a même pas reçu de pénalité pour avoir chargé la tête de Kostitsyn. Il aurait dû rentrer fissa au vestiaire, et ne plus chausser ses patins avant au moins dix matches. Et en cas de récidive, la Ligue devrait tout simplement les bannir de la NHL.
 
La Ligue, ne l'oublions pas, a le devoir de protéger ses meilleurs joueurs. Elle doit impérativement faire en sorte que ses techniciens puissent s'exprimer librement. Car au fond, n'y a-t-il pas meilleur endroit, pour se sentir libre, qu'une bonne vieille arena ? Et ce n'est pas à Kurt Sauer ou un autre de sortir les menottes et d'ainsi prendre en otage le spectacle.